Dans les combats à Goualich…

A Goualich, c'est le départ au combat...

A Goualich, c'est le départ au combat...

Un reportage exclusif de Marc Jourfier

« Des blessés viennent d’arriver à l’hôpital ! Les kadhafistes ont attaqués le poste de Goualich… » nous dit Alessio, italien d’une trentaine d’année au look surfer. Peau burinée par le soleil, barbe de 3 jours, ce photographe free lance a la voix qui trahit une certaine excitation.
Au bureau de poste de Zintan, lieu où vivent tous les journalistes étrangers de passage, c’est l’ébullition. Chacun prépare ses affaires rapidement avec fébrilité. Surtout ne rien oublier ; checker les batteries, les cassettes, récupérer son gilet pare balle et son casque !
« OK ! On y va ! Ceux qui veulent venir avec nous sont les bienvenus » nous dit Matthieu, le correspondant de France 24 ! Et nous embarquons à l’arrière du pick-up, gonflé à l’adrénaline ne sachant pas ce que nous allons trouver en face.
Pendant le trajet qui sépare Zintan de la ligne de front de Goualich, à environs 45 kilomètres, chacun se réfugie dans ses réflexions intérieures. Certains vérifient leurs matériels de manière à s’occuper l’esprit, d’autres écrivent un petit mot pour leurs proches au cas ou, d’autres filment ou prennent déjà des photos.
Les check-points sont désertés, les pick-up montent vers le front surchargés de combattants, certains marchent vers Goualich à pied et sans arme.
« Ralas, Ralas (ça suffit)» nous dit le chauffeur à l’entrée de la ville ! Il ne veut pas aller plus loin. Nous descendons du véhicule et croisons l’équipe d’Al Jazeera déjà sur place. Le temps de se faire expliquer la situation et nous repartons en faisant du stop.
Les véhicules s’arrêtent au poste avancé de Goualich. On entend des tirs qui viennent des positions de la rébellion à droite. Ca coure et ça crie ! En contrebas, des hommes font la prière face à l’Est, en direction de la Mecque, avant de partir au combat. Le calme avant la tempête ! Un peu plus loin, les combattants se regroupent et certains galvanisent les troupes en hurlant « Allah akbar (dieu est grand !) ». Des hommes sont accroupis et leurs yeux sont rouges et leurs pupilles dilatées ; ici, la peur accompagne le journaliste comme le combattant…
Face au Nord, sur le haut de la colline, les rebelles tirent avec leurs mortiers, leurs roquettes, et se répartissent sur un kilomètre. On communique par geste ou avec des portes voix, on s’engueule, on hurle son soutien à Allah ! Un peu plus bas dans la vallée on entend les détonations des mitrailleuses qui sont fixées à l’arrière des pick-up ! Nous sommes avec les troupes rebelles qui appuient leurs combattants et qui repoussent les forces de Colonel Kadhafi.
« En face, c’est Assabah. Regardes, le château d’eau blanc là-bas, c’est là ! Ils sont arrivés vers trois heures et nous ont attaqués avec des fusils et ils nous ont bombardés avec leurs missiles ! » nous raconte Mohamed, une quarantaine d’année, treillis de couleur roche, la barbe bien fournit ! « Tu viens d’où ? De France ? Merci Sarkozy, merci Sarkozy !!! » la popularité du président français est très grande ici et les rebelles n’oublient pas que la France a été le premier pays à soutenir le conseil National de Transition. L’image vue de Paris m’aurait paru complétement décalé mais ici, au cœur des combats, un rebelle à la barbe bien fournit remerciant Sarkozy ne me surprend pas.
Soudain, des sifflements se font entendre et je vois tous les rebelles autour de moi se baisser. Des missiles envoyés par les Kadhafistes sont en train de tomber à 500 m de là ou nous nous trouvons. « Grad, grad » me cri mon voisin avec sa casquette aux couleurs de la rébellion. Les « grads »sont des missiles d’origine soviétique tirés par des camions; ils sont particulièrement redoutables sur ce terrain lunaire où les rebelles n’ont aucun endroit pour se cacher !
Je suis deux jumeaux qui portent un poste de tir de missile. Ils vont tirer dans la vallée en contrebas. Agés d’à peine 18 ans, ces deux frères qui se ressemblent comme deux gouttes d’eaux dénotent au milieu des tirs avec leurs cheveux longs et bouclés, habillés comme des adolescents, avec du Versace et du Armani ! Mais ici, la révolution n’a pas d’âge ; les jeunes en âge de marcher donnent un coup de main à transporter les munitions et les hommes au barbe blanche font office de chef. C’est la règle ! Seul le courage compte, peu importe la manière, au combat on suit le leader charismatique, l’homme aux traits marqués et aux cheveux gris. C’est la tradition dans ces tribus arabes et berbères ancré dans le Djebel depuis plusieurs décennies.
« L’OTAN nous a demandé de reculer » nous dit Mokhtar, visage sculpté par les rides, chèche enroulé autour du visage, la peau peinte de lignes noires tel des peintures de guerre. Les pick-up de la rébellion reviennent et se regroupent ; les hommes échangent des accolades et regardent le ciel en essayant d’apercevoir les avions. Pendant que certains se restaurent autour de grandes gamelles de semoules et de pois chiches au bruit des déflagrations lointaines, d’autres racontent les combats en mimant et en rigolant.
Le soleil se couche sur Goualich. C’est finit pour aujourd’hui ! Les combattants rebelles rentrent chez eux. Nous les suivons un peu abasourdit par cette journée irréelle !
Dans le pick-up qui nous ramène à Zintan, le vent caresse les visages, la pression retombe et nous donne une sensation de bien être…Malsain me direz-vous… Quelle sensation étrange…c’est donc ça quant on parle de se « chouter » à l’adrénaline…et pourtant rien d’extraordinaire ne s’est passé pour nous qui sommes là pour témoigner de l’histoire d’une révolution en marche.
Nous retournons à notre travail routinier de montage, simple et modeste témoin de l’histoire. Un jour ordinaire de combat à Zintan.

Marc Jourfier, Dimanche 23 Juillet, Goualich, Libye.

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